Le Blog du Mas de la Gavaresse
CHRONIQUES, NATURE ET SECRETS DU PRADET

Alors que le mois de janvier pointe le bout de son nez, une délicieuse odeur de fleur d’oranger commence à s’échapper des boulangeries de nos villages. Mais attention, ne parlez pas de « galette » à un Provençal de souche ! Chez nous, la reine de l’Épiphanie, c’est la Couronne des Rois.
Si la galette feuilletée à la frangipane a conquis bien des tables dans le Nord de la France, la tradition historique de notre Midi reste celle du Gâteau des Rois, une brioche généreuse en forme de couronne. Pourquoi cette forme torique ? Elle rappelle tout simplement la couronne des Rois Mages (Melchior, Gaspard et Balthazar) venus célébrer l’Enfant Jésus lors de l’Épiphanie.
Contrairement à la version parisienne qui est plate, notre brioche est aérée, parfumée à l’essence de fleur d’oranger et parée de fruits confits. Ces derniers ne sont pas là par hasard : ils représentent les joyaux et les pierres précieuses qui ornaient les coiffes des mages. Terre de soleil et de vergers, la Provence est naturellement devenue la terre d’élection de ces fruits, avec Apt pour capitale mondiale, un savoir-faire reconnu dès le XIVe siècle lorsque le Pape Clément VI nomma son propre « écuyer en confiserie ».

L’origine de cette fête remonte aux Saturnales de la Rome antique. Lors de ces célébrations liées au solstice d’hiver, un gâteau rond fourré de figues et de miel était partagé entre maîtres et esclaves. On y glissait une fève (le légume) et celui qui la trouvait était nommé « roi de la journée ».
En France, cette coutume briochée s’est solidement implantée par l’intermédiaire de la papauté d’Avignon à la fin du XIVe siècle. Elle a même survécu à la Révolution française ! À l’époque, pour ne pas froisser les révolutionnaires qui voyaient d’un mauvais œil cette « fête des tyrans », le Gâteau des Rois fut temporairement rebaptisé « Gâteau du bon voisinage » ou « Gâteau des Sans-culottes ».
Aujourd’hui, en Provence, cette tradition reste un rituel familial sacré. Selon l’usage, le plus jeune de la famille doit se glisser sous la table pour attribuer les parts à chaque convive afin que le hasard soit total et « divin ». C’est ainsi que l’on désigne celui qui portera la couronne… et celui qui devra offrir le prochain gâteau !
Le saviez-vous ? Traditionnellement, on ne cache pas une, mais deux fèves :
Le Sujet : une figurine en porcelaine (souvent un santon de Provence). Celui qui le trouve devient le Roi.
La Fève : la vraie, la légumineuse. Celui qui la trouve est le « sujet » et doit payer le prochain gâteau !

Ce qui rend notre couronne unique, c’est son parfum. On y retrouve l’âme de la Provence : la fleur d’oranger et les fruits confits d’Apt.
Les ingrédients clés :
Une pâte levée briochée (farine, œufs, beurre, sucre).
Une généreuse dose d’eau de fleur d’oranger.
Des zestes de citron et d’orange.
Du gros sucre grain pour le croquant.
Des fruits confits (cerises, écorces de melon, angélique).
Le petit plus : Certains boulangers ajoutent un peu de rhum ou de liqueur d’anis pour donner encore plus de caractère à la pâte.
Au-delà du goût, la Couronne des Rois est plus légère que la frangipane (souvent très riche en beurre et en amandes). Elle se déguste merveilleusement bien avec un verre de vin cuit ou un Muscat de Beaumes-de-Venise.
Elle symbolise aussi le partage : on coupe souvent une part supplémentaire, la « part du pauvre » ou « part du bon Dieu », que l’on offrait autrefois au premier nécessiteux qui frappait à la porte.
Si vous passez par nos terres en janvier, ne cherchez pas le feuilletage, mais la rondeur. Le Gâteau des Rois est le prolongement des 13 desserts de Noël, une dernière note sucrée et colorée avant d’attaquer l’hiver.
Alors, fève ou sujet ? À vous de choisir, mais n’oubliez pas : le Roi paie sa tournée !

Préparation : 30 minutes
Repos : 5 à 6 heures (indispensable pour le moelleux)
Cuisson : 20 à 25 minutes
500 g de farine de force (T45 ou T55 de bonne qualité)
70 g de sucre semoule
10 g de sel
20 g de levure boulangère fraîche (ou 7 g de levure sèche)
4 œufs frais
150 g de beurre à température ambiante (mou, mais pas fondu)
3 cuillères à soupe d’eau de fleur d’oranger
Le zeste d’une orange et d’un citron
Pour le décor : Fruits confits entiers (cerises, melon, angélique), sucre en grains et confiture d’abricot (pour le brillant).
Dans le bol de votre robot (ou un grand saladier), mélangez la farine, le sucre et le sel. Creusez un puits et ajoutez la levure émiettée (attention, elle ne doit pas toucher directement le sel). Ajoutez les œufs et l’eau de fleur d’oranger. Pétrissez pendant environ 10 minutes jusqu’à ce que la pâte se détache des parois.
Ajoutez le beurre mou petit à petit tout en continuant de pétrir. Incorporez également les zestes d’agrumes. Continuez de pétrir jusqu’à obtenir une pâte lisse, élastique et légèrement collante.
Formez une boule, couvrez-la d’un linge propre et laissez-la doubler de volume dans un endroit tiède (environ 2h à 2h30).
Astuce : Vous pouvez aussi la laisser lever une nuit entière au réfrigérateur, la brioche n’en sera que plus parfumée.
Dégazez la pâte avec le poing. Formez une boule, puis percez un trou au centre avec vos doigts. Élargissez ce trou en faisant tourner la pâte entre vos mains pour former une belle couronne régulière. C’est le moment de cacher la fève et le sujet par le dessous !
Posez la couronne sur une plaque de cuisson. Laissez-la lever à nouveau pendant 1h30 à 2h à l’abri des courants d’air. Elle doit bien gonfler.
Préchauffez votre four à 170°C. Dorez le dessus de la brioche avec un jaune d’œuf dilué dans un peu de lait. Enfournez pour 20 à 25 minutes. La croûte doit être bien dorée mais l’intérieur doit rester moelleux.
Une fois la brioche refroidie :
Faites chauffer un peu de confiture d’abricot (ou de sirop) et badigeonnez-en toute la surface à l’aide d’un pinceau. Cela servira de « colle ».
Saupoudrez généreusement de sucre en grains.
Disposez harmonieusement vos fruits confits par-dessus, comme des joyaux sur une couronne.
Pour que la brioche reste moelleuse le lendemain, enveloppez-la dans un film étirable ou rangez-la dans une boîte hermétique dès qu’elle a refroidi. Si elle a un peu séché, passez-la 10 secondes au micro-ondes : elle retrouvera toute sa souplesse !
Nous partageons ces lieux car nous les aimons. Pour faire du Mas de la Gavaresse votre prochain terrain d’aventure, réservez votre séjour dans l’un de nos gîtes ou privatisez l’ensemble !