Le Blog du Mas de la Gavaresse
CHRONIQUES, NATURE ET SECRETS DU PRADET
D’or aux quatre pals de gueules. Si ces termes héraldiques peuvent paraître obscurs, la réalité visuelle qu’ils recouvrent est le symbole le plus vibrant de l’identité provençale : le drapeau « Sang et Or ». Bien plus qu’un simple ornement de façade, cette bannière est l’un des plus anciens emblèmes d’Europe, témoin d’une histoire millénaire qui unit les rives de la Méditerranée, de Barcelone à Nice, en passant par Aix-en-Provence.
L’histoire du drapeau provençal est indissociable de la légende, ce qui lui confère son aura sacrée. Au cœur de ce récit se trouve une dimension tragique et héroïque.

L’anecdote la plus poignante remonte au IXe siècle (vers 873). On raconte que le comte de Barcelone, Guifred le Velu (Guifré el Pelós), combattant aux côtés des Francs, fut mortellement blessé sur le champ de bataille.
Alors qu’il agonisait sur son bouclier d’or vierge de toute inscription, une profonde angoisse le saisit : celle de mourir « sans patrie ». Au Moyen-Âge, le blason n’était pas qu’une décoration, c’était l’âme d’un peuple et l’identité d’un chef. Mourir avec un bouclier vide, c’était disparaître sans laisser de trace, sans terre à léguer, sans nom à honorer.
C’est alors que se produit le geste fondateur : le chef des armées (traditionnellement l’Empereur Charles le Chauve, ému par tant de bravoure) s’approcha du mourant. Trempant ses quatre doigts directement dans la plaie béante du comte, il traça d’un geste solennel quatre lignes rouges sur l’or du bouclier.
« Désormais, Comte, vous avez une patrie, et voici vos armes ! »
Ce « blason de sang » est la réponse au néant : il lie à jamais le sang du héros à l’or de sa terre. Bien que l’héraldique soit née plus tard (XIIe siècle), cette légende demeure le fondement spirituel du nom « Sang et Or ».
Historiquement, les « quatre pals » (bandes verticales) apparaissent officiellement sur un sceau de Raymond Bérenger IV en 1150. Mais comment cet emblème est-il devenu le cœur de l’identité provençale ?
Le tournant décisif a lieu en 1112. Par son mariage avec Douce de Provence, héritière de la première dynastie nationale provençale (les Bosonides), le comte Raymond Bérenger III de Barcelone unit les deux régions.
Ce n’est pas une conquête, mais une fusion dynastique.
Le Sang et Or devient dès lors l’insigne de la Maison de Provence-Barcelone.
Il sera porté avec fierté pour affirmer la souveraineté de la Provence face aux prétentions de la Maison de Toulouse.

Il est fréquent de voir deux drapeaux flotter en Provence. Pour devenir une référence, il est crucial de comprendre leur distinction historique :
| Drapeau | Origine | Signification |
| Sang et Or (4 barres) | XIIe siècle (Maison de Barcelone) | La Provence indépendante, médiévale et méditerranéenne. |
| Le Lys et le Lambel | XIIIe siècle (Maison d’Anjou) | La Provence sous administration française (Capétiens). |
Alors que le drapeau à fleurs de lys fut imposé pour marquer l’intégration au Royaume de France (1481), le Sang et Or a toujours survécu dans le cœur des Provençaux comme le symbole de la « Nation » originelle.
C’est une subtilité qui distingue la Provence de ses cousins Catalans ou Aragonais :
En Catalogne : Les bandes sont souvent horizontales (la Senyera).
En Provence : On respecte la forme stricte du blason d’origine avec des bandes verticales (les « pals »).
Cette disposition verticale, adoptée massivement sur les frontons de nos mairies aujourd’hui, affirme une identité propre : une Provence qui se tient debout, fidèle à ses racines médiévales.
Après la tourmente de la Révolution, c’est au XIXe siècle que le Sang et Or retrouve ses lettres de noblesse grâce au Félibrige. Frédéric Mistral, en fondant ce mouvement, a ravivé le lien entre Provence et Catalogne, immortalisé par l’hymne de la Coupo Santo.
Après la Grande Guerre de 14-18, le choix du Sang et Or comme drapeau régional s’est imposé naturellement. Il ne s’agit pas d’un acte de folklore, mais d’un acte de transmission. En parant nos Hôtels de Ville de ces couleurs, nous rappelons que la Provence est l’une des plus vieilles terres de civilisation en Europe.
L’anecdote finale : Saviez-vous que le drapeau espagnol actuel (la Rojigualda) a été créé en s’inspirant directement de ces couleurs provençales et aragonaises pour sa visibilité exceptionnelle en mer ? Le Sang et Or a littéralement conquis les océans.

Aujourd’hui, le Sang et Or n’est pas qu’un souvenir ; c’est un drapeau vivant qui flotte au sommet des beffrois et des mairies de nos plus belles communes. De la Méditerranée au Verdon, il marque notre géographie culturelle.
Vous le verrez flotter avec fierté sur les façades des Hôtels de Ville de cités emblématiques telles que :
Aix-en-Provence, l’ancienne capitale comtale.
Arles, la cité antique et gardienne des traditions.
Brignoles, au cœur de la Provence Verte.
Tarascon, Sisteron ou encore Saint-Rémy-de-Provence.
Arborer ces couleurs, c’est s’inscrire dans une continuité millénaire. Que ce soit lors de la Coupo Santo ou des fêtes de la Saint-Jean, le Sang et Or rappelle que la Provence est une terre de lumière dont l’identité est gravée dans l’histoire de l’Europe.
Venture, Rémi. Sang et Or : un drapeau européen pour la Provence, Éditions de l’Observatoire de la Langue et de la Culture Provençales, 2014.
Pastoureau, Michel. Traité d’héraldique, Grands manuels Picard, 2008.
Archives du Collectif Provence. Histoire des emblèmes régionaux.
Sceau de Raymond Bérenger IV (1150). Archives de la Couronne d’Aragon.
Cet article de référence a été conçu pour le blog Gavaresse, au service de la transmission de notre patrimoine vivant. N’hésitez pas à le partager pour faire rayonner nos couleurs !
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